LE RAPPORT KALTENBRUNNER du 27 Mai 1943.

(Traduction effectuée à l'occasion du 2° Procès HARDY devant le tribunal militaire de Paris)

A été soumis au Führer le 4/06/43.
Berlin, SW, le 27 Mai 1943
8 rue du Prince Albrecht
Prinz Albrechtstrasse 8
GEHEIME REICHSSACHE
(Affaire Secrète du Reich)
41 exemplaires
3° exemplaire
à Monsieur le Ministre des Affaires étrangères von RIBBENTROP
Berlin W.8
Wilhelmstrasse 74/76
Objet : L' Armée Secrète en France
Ses liaisons par réseau radio
L'activité des agents, matériel de sabotage,
Armes parachutées ou déposés par avions.

I Première intrusion de la SICHERHEITSPOLIZEI dans l'ARMEE SECRETE

Dès la fin de 1942 de nombreux renseignements s'accordaient à signaler que les différents mouvements importants de la Résistance s'étaient mis directement sous les ordres du Général de GAULLE et qu'ainsi se trouvait réalisée l'unité de la Résistance en France; au début de 1943, un de nos agents spéciaux confirmait qu'un tel rassemblement avait été largement réalisé. C'est ainsi qu'est née

- l'Armée Secrète-
dans laquelle notre agent avait obtenu en qualité d'ancien officier français un poste important.
Le 1° Février 1943, on réussit à arrêter à Lyon deux membres importants de l'Armée Secrète. Au début de février 1943 l'exploi-tation de certains renseignements permit l'arrestation de 18 autres membres de l'Armée Secrète qui appartenaient aux organisa-tions secrètes:

Combat
Libération
Franc-Tireurs-Partisans
et 93.

Les membres de l'organisation Francs-Tireurs et Partisans, organisation à caractère purement communiste, et ceux de 93 arrêtés avaient été détachés comme agents de liaison de ces organisations auprès de l'Armée Secrète.
Les déclarations des inculpés, les papiers capturés et surtout les 15 dossiers qui avaient été saisis par la police française le 13 Mars 1943 lors d'une perquisition chez des membres de l'Armée Secrète à Lyon, documents qui avaient été laissés pro-visoirement à la disposition du détachement S.D. de Lyon, permettent de dresser le tableau suivant:

II Développement et Composition de l'Armée Secrète.

1- Histoire de l'organisation Combat

L'Armée Secrète telle qu'elle existe actuellement est née, en grande partie, de l'initiative du capitaine français
FRESNAY
qui dès le mois de Janvier 1941 avait mis sur pied l'organisation
LIBERATION NATIONALE.
Cette organisation connut un rapide développement dans l'ancienne zone non occupée, et avait des P.C. à:
Marseille,
Lyon,
Toulouse,
en Savoie,
sur la Côte d'Azur.
En zone occupée, le capitaine FRESNAY chargea le capitaine
GUEDON
de la direction du mouvement. Les centres d'action de cette zone sont indiqués sur le schéma "Structure de l'organisation Combat en France-août 1940 à mars 1942".
Ce schéma montre en même temps la fusion des organisations
Libération nationale
Liberté,
sous la dénomination générale
Combat
en décembre 1941. Il indique en outre, comment, dès l'automne 1941, par l'intermédidire du
Général de LA LAURENCIE
cette organisation entre en contact avec le Service de Renseignements des U.S.A.; cette liaison fut de nouveau rompue fin 1941. Mais depuis Janvier 1942 par l'intermédiaire du
Général de GAULLE,
l'organisation était financée directement par l'Angleterre.
Au cours des mois de février et mars 1942, une perquisition de l'organe central de l'Abwehr à Paris permit l'arrestation des membres directeurs de
Combat
en zone occupée, tandis que le gouvernement français faisait procéder à des arrestations en zone non occupée.
Le capitaine FRESNAY reconnait dans un rapport adressé au général de GAULLE, lui-même, que l'organisation venait alors d'être "décapitée". Tandis qu'en zone occupée la réorganisation rencontrait des difficultés sensibles, elle pouvait, en zone non occupée, être rapidement menée.

2- Création de l'Armée Secrète.

A la suite de longues négociations FRESNAY réussissait, en Septembre 1942, à rassembler les groupes paramilitaires des organisations:
Combat
Francs-Tireurs et
Libération
pour la mise sur pied d'une
Armée Secrète
sous la direction d'un
Comité de coordination,
composé des délégués de délégués de chacune de ces organisations.
La section paramilitaire de Combat, qui auparavant était déjà désignée par le terme Armée Secrète, conserva en raison de sa supériorité numérique (80%), la prédominence au sein de la nouvelle Armée Secrète.
En janvier 1943, FRESNAY réussit à subordonner l'ensemble des organisations:
Combat
Francs-Tireurs et
Libération
à un Comité directeur qu'il dirigeait en tant que chef de Combat et auquel appartenaient les chefs des deux autres organisations:
GILLES pour Francs-Tireurs
DARTHEZ pour Libération
ainsi qu'un représentant, dont le nom n'est pas connu, du
Comité National
du Général de GAULLE à Londres.
Le capitaine FRESNAY s'efforça de rallier les autres groupes de la Résistance en France.
Le résultat de ses efforts ressort du schéma:
"Etat de l'Armée Secrète et de ses principaux chefs au sein des mouvements français -Situation en Avril 1943".

3- Articulation de l'organisation Combat.

L'articulation interne de l'organisation Combat (valable aussi pour les mouvements Libération et Francs-Tireurs, dans la mesure où ils comportent des subdivisions semblables, fait l'objet du schéma:
"Constitution organique de l'Armée Secrète d'après l'organisation Combat-Situation en Mars 1943".
La section "Janus", questions militaires, est dirigée par le Capitaine FRESNAY lui-même. La sous-Direction:
A.S. =Armée Secrète
est l'embryon de ce qui devait devenir par la suite
L' Armée Secrète.
Il faut signaler la sous-section
Groupe Franc
qui conserve son autonomie après avoir été rattachée à l'Armée Secrète ; elle représente une formation de spécialistes pour les actions mettant en oeuvre des explosifs. Elle comprend environ
1 100 hommes
et elle a déjà réalisé, depuis le début de mars 1943
150 missions.
Il convient également de signaler la section "Propagande" de Combat qui a distribué au cours du mois de février 1943 seulement, plus de
600 000 exemplaires
de différents tracts.

Il faut également citer la sixième section ("Neptune") qui était rattachée précédemment à la section des affaires militaires; elle dirige l'ensemble du service radio et elle est en outre chargée du repérage, de la préparation et de l'organisation des terrains de parachutage et des terrains d'atterrissage. Les chefs régionaux de cette section appartiennent aussi à l'état-major régional de l'Armée Secrète; cependant les services n'ont pas de contact entre eux.

4- Organisation de l'Armée Secrète unifiée.

Le schéma "Organisation de l'Armée Secrète en zone française nouvellement occupée-Mars 1943" indique clairement l'articilation intérieure du commandement sous l'autorité suprême du Général VIDAL qui dispose son état-major des 4 bureaux classiques de l'organisation militaire française. On trouve en outre l'organisation correspondante territoriale en :
- Régions
- Départements
- Arrondissements
- Cantons.
Jusqu'à l'échelon département inclusivement les organes de commandement disposent d'un état-major local et des bureaux correspondants. Au dessous du canton, et même parfois du département, l'articulation de l'Armée Secrète n'est plus régionale mais tactique. Le schéma ci-joint donne:
"L'Articulation tactique"
La liaison entre le commandement en chef et les régions est assurée surtout par les services du courrier des organisations qui constituent l'Armée Secrète. Cependant un service de liaison spécial y est en cours d'organisation. En outre, des inspecteurs assurent la coordination et la surveillance du travail dans les régions et les départements. L'implantation de l'Armée secrète sur le territoire français ressort du schéma:
"Articulation régionale de l'Armée Secrète-Mars 1943".
Depuis le ralliement du groupe Froment, elle dispose en zone nouvellement occupée de
80 000 hommes.
Dans l'ancienne zone occupée, de
25 000 hommes.

5- Armement de l'Armée Secrète

D'après les renseignements recueillis jusqu'à présent, l'Armée Secrète disposait en février 1943 de plus de
6 000 tonnes d'armes et de munitions
dont plusieurs centaines d'armes automatiques et plusieurs centaines de mille de cartouches; en outre elle disposait de
mortiers
pièces de D.C.A. et de
chars légers.
D'après ses propres indications, elle avait encore besoin d'au moins:
40 000 tonnes d'armes et munitions.
Sans doute a-t'elle fait d'importantes récupérations sur les réserves de l'ancienne armée française. Lors du nettoyage de plusieurs dépôts secrets des groupes Franc-Tireurs et Partisans. Et dans la région de Clermont-Ferrand on put dénombrer :
3 000 fusils
60 mitrailleuses lourdes
250 fusils mitrailleurs
10 mortiers
8 canons de D.C.A.
et de grosses quantités de munitions.

En outre, on trouve :
des camions
des voitures légères
des motocyclettes et du matériel divers.

D'après les différents documents capturés, il résulte que des membres de lo'Armée Secrète étaient entrés en rapport avec des officiers français de l'Armée de l'armistice afin d'obtenir des armes et du matériel. Ces pourparlers aboutirent à des promesses de cessions d'armement à l'Armée Secrète.
D'ailleurs, on peut constater que certains cercles d'officiers s'emploient à organiser des groupes militaires qui, e, cas d'invasion, pourraient coopérer avec l'Armée Secrète.

6- Transmissions radio et ravitaillement de l'Armée Secrète par la voie aérienne.
Depuis l'arrestation de membres importants de l'Armée Secrète dans la région de Lyon:

77 terrains de parachutage et d'atterrissage sont déjà connus. A la suite de plusieurs expéditions entreprises depuis, le nombre des terrains connus s'est sensiblement accru. En outre, par des messages radio :
a- qui avaient été repérés au cours d'émissions courantes;
b- qui ont été saisis lors de la prise de postes émetteurs clandestins;
c- qui ont été captés et déchiffrés par l'O.K.W.
On peut établir que le repérage et l'identification de ces terrains ainsi que les conventions nécessaires pour l'exécution des missions projetées absorbaient une grande partie de l'activité du réseau clandestin des transmissions en France.

[Kaltenbrunner donne des détails sur l'A.S.. et les personnes arrêtées. Il termine son rapport (page 28)] :

... Des mesures ont été prises:

-Le chef de la Police de Sûreté et des services de Sûreté (S.D.) à Paris, ainsi que les commandants sous ses ordres et les sections d'intervention accordent la plus grande attention à la lutte contre l'Armée Secrète. En collaboration avec l'Armée, en particu-lier avec l'aviation, il a procédé à de vastes préparatifs pour pouvoir intervenir sans délai dès que des envois d'agents de liaison et de matériel parviennent à sa connaissance.

J'ai en outre détaché en France une section spéciale de l' "Office Supérieur pour la Sécurité du Reich"; en étroite collaboration avec le Commandement de l'Armée (Défense anti-radio) avec le poste de surveillance d'Ondes Courtes "Ouest" à Paris et avec les services locaux de la police de sûreté et du S.D., elle a pour mission de procéder en premier lieu à l'examen détaillé des émetteurs découverts et des groupes de personnes qui s'y rattachent pour voir clair dans leurs rapports avec l'Armée Secrète et examiner la possibilité d'amorcer les émissions.

Je vous aviserai en temps voulu des nouveaux résultats dans la lutte contre l'Armée Secrète.
Signé: KALTENBRUNNER

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