Le Procureur Général près la Cour d'Appel de Lyon,
à Monsieur le Garde des Sceaux, Ministre Secrétaire d'Etat à la Justice.

Extraits.
1er Avril 1943
J'ai l'honneur de vous adresser un exemplaire du rapport de mon substitut de Lyon, en date du 30 Mars 1943, concernant une information qu'il vient d'ouvrir pour activités anti-nationales contre un certain nombre de personnes qui ont été arrêtées et qui sont actuellement détenues à Lyon. Ce sont les nommés:

1.CURTIL- 2.STEELE- 3.DENOYER- 4.MARCHAL- 5.HEGO- 6.FOUQUET- 7.VALLET- 8.ASHER- 9.BAUTMANN- 10.MORANDAT- 11.Femme MORANDAT,née PERRIN- 12.BAUMIER- 13. SOMBOTHAY- 14.GUILLEMOT- 15.MORAND- 16.RAUST- 17.VERNET- 18.STEPHENS- 19.VIDAL- 20.VOYANT-.

(...) de très nombreux documents ont été saisis (...)

Cette organisation aurait à sa disposition des armes, des munitions et des explosifs dissimulés dans des dépôts clandestins; elle disposerait également de sommes importantes.

Certains documents révèlent que le budget du mois de Mars 1943 s'élèverait à 3 millions.

Au moment de l'arrestation des inculpés, et au cours des investigations de la police, les documents saisis ont été communiqués aux autorités de police allemande qui ont manifesté tout d'abord l'intention de se saisir de cette affaire, en raison de la nature de l'activité déployée contre les troupes allemandes d'opérations (sic).

Elles y ont renoncé est c'est Monsieur Cohendy, juge d'instruction à Lyon, qui est chargé de cette information (...)

Les inculpés paraissent avoir joué un rôle secondaire (...)

Mon substitut se réserve de les inculper plus tard, suivant les résultats des recherches et de l'information avec les dirigeants qui pourraient être identifiés et arrêtés, d'atteinte à la sûreté extérieure et intérieure de l'Etat.
(...)
Le Procureur de la République

à Monsieur le Procureur Général

Lyon, le 26 Mai 1943

J'ai l'honneur, comme suite à mon rapport du 1° Avril 1943, concernant les nommés CURTIL et autres, inculpés d' actes de nature à nuire à la défense nationale, de vous rendre compte de l'évasion de DENOYER Christine, MARCHAL François, FOUQUET Maurice, ASHER Serge.

DENOYER Christine, enceinte de 6 mois des oeuvres de MARCHAL, avait été transférée de la maison d'arrêt à l'hôpital de Grange-Blanche.

Le 21 Mai elle reçut la visite de VISNIANSKS Janine, agée de 14 ans, et quelques instants après d'une autre personne non identifiée qui lui remit un sac de voyage.
L'agent DULYS préposé à la garde de cette inculpée, contrairement à la consigne qui lui avait été donnée, laissa cette dernière s'entretenir avec ces deux personnes qui n'avaient pas de permis de visite.
Christine DENOYER sortit de sa chambre accompagnée de la jeune VISNIANSKS soi-disant pour se rendre dans le bureau de la Soeur-Mère. Le garde ne crut pas devoir l'accompagner et elle profita de ce défaut de surveillance pour prendre la fuite.
VISNIANSK put seule être arrêtée.

Cette dernière, bien qu'agée de 14 ans, avait déjà été écrouée pour détention de tracts d'origine étrangère et elle fut condamnée par jugement du tribunal correctionnel de Lyon, le 18 Mai, à 6 mois d'emprisonnement avec sursis. Elle avait fait à la prison la connaissance de Christine DENOYER. Une information pour infraction à la loi du 3 décembre 1942 concernant l'évasion des détenus a été ouverte contre l'agent DULYS et VISNIANSK Janine.Tous deux ont été écroués.

Les nommés MARCHAL, FOUQUET et ASHER avaient été hospitalisés à l'hôpital de l'Antiquaille pour les motifs suivants indiqués par le médecin de la maison d'arrêt:
ASHER: fièvre d'origine inconnue.
FOUQUET: état fébrile grave et prolongé.
MARCHALK: état fébrile prolongé

Le 24 Mai quatre individus se disant de la police allemande dont l'un tenait en main une mitraillette se présentèrent à l'hôpitalpour réclamer ces trois inculpés. Ils lui furent remis. Le commissaire divisionnaire des services de police judiciaire s'étant mis en rapport à ce sujet avec les autorités de police allemande apprit qu'il s'agissait de faux policiers."...

"Les diagnostics ci-dessus indiqués qui ont motivé l'hospitalisation paraissent avoir été rédigés trop succinctement par le médecin de la prison. Tout au moins ils n'indiquent pas une maladie d'une gravité telle qu'elle n'aurait pas pu être soignée à l'infirmerie de la prison.

Pour éviter le retour d'évasions semblables qui sont de nature à créer de graves difficultés, Monsieur le Préfet Régional a décidé que dorénavant, en ce qui concerne les détenus inculpés de délit à caractère politique, hors le cas de maladie mettant leur vie en danger, les transferts à l'hôpital ne seraient plus autorisés qu'après examen du malade par un médecin désigné par le juge d'instruction pour dire si les soins dont a besoin le détenu nécessitent obligatoirement ce transfert.

Afin de rechercher les individus ayant facilité cette évasion, une information a été ouverte contre inconnu"...


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