EXTRAIT D'UNE LETTRE DU COMMANDANT PERRETTE
concernant ses souvenirs de la Campagne de France

Paris, le 3 août 1992
"... ça devait être le 24 mai 40; je passais justement au P.C. du Commandement des Chars voir le Général KELLER, venant de Rethel et envoyé par de LATTRE; le Général B. et son "adjoint" le Colonel P. s'y trouvaient, effondrés, puisqu'ils avaient été dans le coup de boutoir qui venait d'anéantir notre 2° D.Cr; le limogeage de B. s'imposait d'évidence, la responsabilité de P. ne venant qu'en "second"."
"KELLER demande à DELESTRAINT de réformer la 2° D.Cr. et de prendre le commandement de cette nouvelle grande Unité reconstituée; cette décision ne pouvait que combler les souhaits de cet homme d'action... et d'autre part il portait une toute petite considération à celui qui, jouisseur, paillard, vantard et vaniteux, était sa véritable antithèse... Et pourtant, estimant que dans les conditions catastrophiques de l'ouragan qui avait culbuté l'armée française, il n'eut lui-même pas pu mieux faire, et qu'il était loyal de laisser sa chance à P. après une seule première défaillance, le Général DELESTRAINT présenta lui-même les circonstances atténuantes de P., incitant à amnistier le prévenu et à lui laisser le commandement de la Division reconstituée."
"Ce qui n'empêcha pas le lamentable P., quelques jours plus tard, de contredire la thèse soutenue avec insistance par DELESTRAINT, refusant d'engager la 2° D.Cr. en masse avec la 4° D.Cr. pour la réduction de la tête de pont d' Abbeville, sous le prétexte que sa Division n'était pas encore prête, ce qui était faux, puisqu'elle venait d'être reconstituée avec les apports de renforts neufs: la 352° Cie autonome de Chars légers, les 4O° et 48° Bataillons du groupe 535 et les trois Compagnies autonomes de Chars lourds B1 et B1bis de Fisseaux, le Graverend et Dupont, soit, au total, environ 150 appareils neufs et équipages frais. Avec ce supplément, entre le 28 et le 30 mai, la tête de pont eut été immanquablement totalement reconquise.
Mais P., encore Colonel, eut été sous l'autorité du nouveau Général (potentiel) de GAULLE, qu'il jalousait et détestait cordialement. Au P.C. d'Aulbay, le Général FRERE dut s' incliner devant le "non possumus" affirmé par P.: la solution soutenue par DELESTRAINT ne fut pas retenue. Le succès de de GAULLE fut incomplet et 4 jours plus tard la 2° D.Cr., engagée à son tour, mais seule, subit un échec cuisant. Par respect de la décision d'un Chef autonome, DELESTRAINT "écrasa"!..."
Cdt Jean-François PERRETTE
P.S. Le fait est précisé dans son rapport postérieur N° 1472/3 S sur l'emploi des Grandes Unités Cuirassées.

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