RAPPORT de Jean MOULIN Octobre 1941. (écrit à Lisbonne en Octobre 1941)

RAPPORT SUR LES ACTIVITES, LES PLANS ET LES BESOINS DES GROUPES FORMES EN FRANCE, EN VUE DE L'EVENTUELLE LIBERATION DU PAYS

Les trois goupes qui confièrent à l'auteur de ces lignes la mission de rédiger et de remettre aux autorités britanniques et au Général de GAULLE les messages suivants sont:
Liberté, Libération Nationale et Libération
Ces trois groupes constituent les principales organisations de la Résistance à l'envahisseur de la France.
Quoique ces mouvements soient certainement connus des services de renseignements britanniques et français, je crois qu'il est de mon devoir de donner un bref aperçu de leurs activités.

I- Leur But.

Le titre pris par chacune de ces organisations donne une assez claire indication du but qui est visé: la Libération du pays. Nous pouvons aussi bien ajouter comme corollaire, adhésion à la cause britannique et à la cause du Général de GAULLE.
Au commencement, en tout cas, cette attitude excluait toute ingérence dans la politique intérieure.

II- Historique.

Ces trois mouvements naquirent spontanément, et indépendamment, de l'initiative de quelques patriotes français qui avaient figuré dans les anciens groupes et partis politiques.
Ils commencèrent à s'affirmer à différentes dates, peu après la conclusion de l'armistice, toutefois en réaction contre cet instrument de soumission à l'ennemi. Au début, leur activité consistait à diffuser par des voies souterraines et dans une sphère plutôt restreinte, des tracts de propagande et des pamphlets en toute occasion importante (discours de M.CHURCHILL ou du Président ROOSEVELT, discours du Général de GAULLE, opérations militaires importantes, etc.) ou bien dans toutes les occasions qui réclamaient une attitude rebelle de la part des patriotes français (annexion par HITLER de l'Alsace et de la Lorraine, violation des clauses de l'armistice, les accords de Montoire, les réquisitions opérées par les Allemands, etc.).
Ensuite, avec le développement des moyens matériels et l'adhésion accrue de partisans résolus, ils purent publier de vrais journaux ronéotypés à intervalles passablement réguliers.
Maintenant depuis plusieurs mois, chaque groupe publie à date fixe un ou plusieurs journaux imprimés, en plus des pamphlets et des tracts.

III- Activités actuelles.

Les activités des mouvements Liberté, Libération Nationale et Libération s'étendent dans trois principales directions: la Propagande, l'Action directe et l'Action militaire.

A- Propagande

Le mouvement Liberté publie tous les mois un journal intitulé "Liberté". Très bien informé et étudié avec un goût parfait, cet organisme est émis par des intellectuels et a une influence profonde dans les milieux universitaires. Il a même une influence dans les milieux officiels de Vichy.

Le mouvement Libération Nationale qui est dirigé par des gens des milieux commerciaux et industriels dans le pays et aussi par des gens de professions libérales et intellectuelles, presque tous officiers de réserve, a publié jusqu'à une date toute récente un hebdomadaire appelé "Les Petites Ailes". Ce titre a été changé en celui de "Vérités" depuis deux mois environ, dans le seul but de déjouer les recherches de plus en plus pressantes de la police. Il publie aussi de temps à autre un journal "Travailleurs" qui s'adresse plus particulièrement à la classe ouvrière.
Le ton des "Petites Ailes et de "Vérités" est volontairement très modéré et une chronique très complète est consacrée à des questions religieuses. Son milieu, qui est très éclectique, va des Royalistes du type Bainville jusqu'à des Communistes.

Libération Nationale a aussi publié des études importantes, notamment sur "Christianisme et Hitlérisme" et sur "Les résultats économiques de la Collaboration".

"Libération", l'organe du mouvement "Libération", vise plus particulièrement les milieux ouvriers. Une grande partie est consacrée aux problèmes sociaux, et ses dirigeants sont à présent en relations avec une certaine personne qui a gardé une très grande influence dans les cercles syndicalistes.

Chacun des journaux de ces trois mouvements est imprimé, d'une part en France non occupée, de l'autre en France occupée, la seule différence étant dans le ton des articles, qui est adapté dans chaque cas à l'état de l'opinion publique de chaque côté de la ligne de démarcation.
Le nombre total de chacun de ces journaux mis en circulation, en France occupée et non occupée, varie entre 25.000 et 45.000, mais nous devons multiplier ces chiffres au moins par cinq considérant les nombreuses reproductions qui en sont faites à la machine ou à la main. Libération Nationale, d'autre part, a des éditions de son journal en Belgique et en Alsace avec, dans ces dernières, une colonne écrite en alsacien.

B- Action directe

En dehors de la propagande pure qui pour le moment constitue leur principal effort, ces trois mouvements ont d'autres activités.

1- Le recrutement: Combinant l'appel à des recrues dans leurs journaux et les activités personnelles d'agents recruteurs, l'enrôlement des partisans s'est développé en dépit d'innombrables difficultés.

L'organisation, quoique différant très légèrement dans chaque mouvement, est basée sur le principe de liens de camaraderie à tous les échelons et de la hiérarchie automatique et étanche de tous les chefs, afin de s'assurer que les recherches policières soient, dans une certaine mesure, neutralisées et pour permettre au mouvement de poursuivre ses propres activités dans l'éventualité d'une arrestation de certains de ses membres.
A présent chaque mouvement a ses propres cellules et ses propres cadres dans pratiquemment tous les départements, soit en France occupée soit en France non occupée.

[Après avoir évoqué d'autres "Actions directes":
La Contre-Propagande,
Le Sabotage, encore peu développé,
Quelques mesures de Jutice,
Jean Moulin en vient aux activités militaires qui constituent surtout le "Renseignement" par l'intermédiaire du S.O.E. ou de l'I.S.].

C- Activités militaires.

Des milliers de Renseignements d'ordre militaire ont été donnés par les membres des trois mouvements à des agents des services secrets britanniques en France occupée.
Quelques dépôts d'armes et de munitions ont été constitués provenant surtout des équipements abandonnés par les troupes françaises.

IV- Liaison avec l'Angleterre

[Jean Moulin explique que les tentatives de contact avec Londres n'ont pas abouti, ou ont été décevants jusque là.]

V-Communications entre les trois mouvements.

Jusqu'à Juillet dernier, les trois mouvements Liberté, Libération Nationale et Libération n'avaient aucune communication entre eux, tout au moins entre les membres dirigeants. Ceci était assez naturel considérant le nombre infini de précautions que devaient prendre ces mouvements pour empêcher ceux qui pousseraient à fond leurs investigations de remonter jusqu'aux chefs. En se développant, les trois mouvements comprirent que ces efforts parallèles qui se poursuivaient sans aucune communication entre eux pourraient se prolonger indéfiniment et qu'il était nécessaire de réaliser une coordination.
C'est vers la fin Juillet, c'est à dire avant la mission Z..., que la première réunion des chefs des trois mouvements eut lieu. Un très large tour d'horizon fut fait afin de mettre en lumière les diverses tendances et aspirations et la probable ligne d'action, etc.

Ce premier contact ne fit pas apparaître de profondes divergences de vues. Maintenant, tout récemment, le 5 Septembre, quatre jours avant mon départ, une seconde réunion eut lieu à Marseille, devant sceller un agrément de principe entre les trois mouvements. Les moyens pratiques de collaboration sont à présent en cours d'étude, mais désormais on peut dire que la formule suivante sera adoptée:
1- Indépendance dans toutes les questions relatives aux journaux.
2- Accords à conclure au sujet des campagnes, des manifestations, des sabotages, etc.
3- Une seule organisation dans le domaine de l'activité militaire.

VI- Liaison avec d'autres mouvements.

D'autres mouvements luttent avec plus ou moins la même arrière-pensée de libérer le pays. En premier lieu, nous devons mentionner le parti communiste qui est de beaucoup le plus actif.Quelle est l'attitude de ces trois mouvements envers lui ? Nous pouvons l'établir tout à fait clairement: collaboration au bas de l'échelle et bonne volonté et neutralité parmi les chefs, strictement dans les limites de la lutte contre l'Allemagne. Je dois indiquer toutefois que sur les questions de doctrine le mouvement Liberté s'est décidemment rangé contre le Communisme.
Il y a aussi une collaboration parmi les échelons inférieurs, avec les associations de francs-maçons, dont l'activité est grande dans le domaine de la propagande orale. Il y a aussi une collaboration avec certains groupes anciens comme la Ligue des Droits de l'Homme.
Il existe également des contacts avec le mouvement du Général COCHET, lequel est à présent sous les verrous, et dont les anciens collaborateurs continuent l'oeuvre, et aussi avec certains membres du groupe d'ASTIER de la VIGERIE.
Nous devons aussi mentionner l'ex-association des Cagoulards qui a joué un rôle si important dans l'élévation au pouvoir du Maréchal PETAIN. Ici, il y eut, dès le commencement, deux tendances ou plutôt deux partis qui s'opposèrent définitivement: l'un pronazi avec DELONCLE, l'autre qui espérait jouer le jeu des Britanniques par l'intermédiaire de PETAIN et qui a atteint son apogée quand le Colonel GROUSSARD alors leader des éphémères G.P. effectua l'arrestation de LAVAL. Nous ne parlerons pas de la première tendance. Nous devons avoir à l'esprit une évolution très nette dans l'opinion des partisans du second mouvement depuis l'infortune qui frappa GROUSSARD.

Ce dernier fut arrêté après l'une de ses visites en Angleterre, sur l'ordre de DARLAN, au moment où il transportait un ordre secret de PETAIN. Depuis son emprisonnement à Vals-les-Bains, GROUSSARD a eu amplement le temps de réviser ses opinions, et je tiens de bonne source qu'il a maintenant abandonné les espoirs qu'il nourrissait au sujet du Maréchal. Personnellement, on m'a confié en France la garde d'un dossier très compromettant qu'il a rassemblé sur PETAIN et que l'on m'a demandé de publier au cas où quelque chose arriverait à GROUSSARD.
(...)

Tel est, en bref, la somme des activités des trois mouvements.

La Situation en France
De plus en plus maintenant, la population en France commence à avoir conscience de sa force de Résistance et aspire à secouer le joug. Le parti communiste a certainement repris une grande activité depuis la guerre russo-allemande et il veut, à tout prix, retenir le plus possible de divisions allemandes en France afin d'alléger la pression sur le font russe.. De récentes manifesta-tions toutefois n'ont pas du tout été patronnées par les communistes. (...). Ces manifestations sont avant tout une réaction de révolte et d'indignation populaires. (...).
L'arrestation sans jugement de plusieurs officiers et personnalités politiques bien connus pour leur patriotisme fit l'impression la plus désagréable sur le public lorsqu'elle fut connue. Cela veut-il dire que le gouvernement a perdu quelques-uns de ses adhérents ? Non. Ces pertes ont été compensées et plus que compensées. (...).
Néanmoins, le malaise devient de plus en plus profond et si les gaullistes ont perdu quelques unités en nombre ils ont gagné une immense force en puissance militante et de combat et l'on peut dire qu'ils ont maintenant échangé la Résistance passive pour la Résistance active.

Les mouvements qui s'étaient choisi pour but la libération du pays ont pensé qu'il était de leur devoir de canaliser les violences du public et des discipliner en forgeant l'instrument technique de collaboration avec les Alliés, et notamment l'instrument militaire. C'est pour cette raison qu'ils ont établi d'emblée un nombre de plans à cet égard.

Propagande
Un plan pour le développement de la propagande a été étudié par chaque mouvement et il prescrit:
1° - Accroissement de la publication des organes existants (...)
2° - Création de stations clandestines d'émission radio sur des camions en mouvement.
3° - Campagnes de propagandes variées -inscriptions sur les murs, routes et monuments, distribution de tracts lâchés par des ballons, etc.
4° - Création d'équipes de propagande, spécialisées dans la propa-gande orale.

Sabotage
Extension du sabotage contre la machine de guerre ennemie et dans les usines françaises travaillant pour l'ennemi. Centralisation d'équipes techniques, etc.

Quelques mesures de Justice
Création de brigades de représailles, qui doivent travailler d'après des plans conçus à l'avance. Leur rôle sera de publier le nom des mauvais Français et de les punir. L'un des mouvements pro-jette de marquer les traîtres notoires au fer rouge de la svastika

Activités militaires
C'est le problème principal. Les mouvements Liberté, Libération Nationale, Libération, étudient à présent la possibilité de former des cadres d'entraînement et de préparer des patriotes français en vue d'une éventuelle action en coopération avec les Alliés sur le sol français. Ont-ils raison ? Ils le croient et défendent leur point de vue avec les arguments suivants:
1°- En priorité un argument moral. Ils croient que si la France peut compter sur l'aide infiniment puissante et appréciable de la Grande-Bretagne, il incombe aux Français d'essayer par dessus tout de se sauver eux-mêmes ou, à tout le moins, d'apporter leur contribution à leur sauvetage final.
2°- Des dizaines et même des centaines de milliers de Français, principalement en France occupée, aspirent à rejoindre les Forces Françaises Libres afin de continuer à combattre aux côtés de l'Angleterre. Ceux qui eurent la chance de le faire après l'Armistice ne représentent qu'une petite minorité. Les autres ont dû abandonner l'idée en face de l'impoossibilité de trouver l'aide nécessaire. La masse ardente des Français qui est restée sous le joug ronge son frein et attend toujours l'occasion de secouer ce joug. Il serait fou et criminel de ne pas utiliser ces soldats qui sont prêts à faire les plus grands sacrifices, dans l'éventualité d'opérations de grande envergure entreprises par les Alliés sur le continent. Dispersées et anarchiques comme elles le sont aujourd'hui, ces troupes pourront demain constituer une armée organisée de "parachutistes" sur place, connaissant le pays, ayant choisi leurs adversaires et décidé de leurs objectifs.
3°- Si aucune organisation ne leur impose une sorte de discipline, des ordres, un plan d'action, si aucune organisation ne leur fournit des armes, deux choses se produiront: d'un côté nous assisterons à des actions isolées vouées à un échec certain qui, en définitive, iront à l'encontre du but commun, parce qu'elles se produiront au mauvais moment, d'une manière inefficace et désordonnée et ainsi décourageront le reste de la population. de l'autre, nous pousserons dans les bras des Communistes des milliers de Français qui brûlent du désir de servir, et ce courant sera d'autant plus favorisé que les Allemands eux-mêmes sont les principaux agents recruteurs des Communistes, citant comme "Communistes" toutes les manifestations de Résistance de la part des Français.
4°- En admettant que ni l'idée d'un débarquement en France ou en tout autre point de l'Europe occidentale, ni celle d'un soulèvement simultané de toutes les nations occupées ne puissent se matérialiser, les mouvements L-LN-L sont convaincus qu'au moment d'une victoire britannique la France sera dans un tel état que les brigades formées par des patriotes français seront de la plus extrême nécessité pour maintenir l'ordre et pour aplanir la transition d'un régime à l'autre. (Ici, nous pouvons aussi bien ajouter que de mauvaises langues répandent la rumeur parmi les cercles gaullistes en France, que les dirigeants britanniques ne seraient pas mécontents de conserver le gouvernement du Maréchal PETAIN, même après l'écrasement de l'Allemagne, afin que la paix soit faite dans les meilleures conditions avec un partenaire discrédité).

Les trois mouvements susdits n'insultent pas leurs amis britanniques en ajoutant foi à ces rumeurs. Mais ils souhaitent ardemment pouvoir rassurer sans incertitude beaucoup de leurs partisans qui luttent à présent, à leur propre péril, afin de libérer leur pays, autant des valets de l'ennemi que de l'ennemi lui-même.
Les trois mouvements ont, du point de vue des actions militaires, un certain nombre de plans qui exigent les mesures suivantes: accroissement du nombre des enrôlements, formation des cadres, instruction pour le combat et la reconnaissance des points stratégiques, diffusion des ordres, débarquement d'armes en France occupée et en France non occupée, transit des armes d'une zone à l'autre, constitution de dépôts d'armes, etc.

Nécessité de l'Aide Immédiate
Sans aide dans toutes les sphères d'activité, l'influence des mouvements s'exercera en vain. Ils ont atteint aujourd'hui le point le plus élevé possible avec les moyens à leur disposition, et il n'est pas du tout sûr qu'ils puissent se maintenir à leur niveau élevé actuel, même en matière de propagande, à moins qu'ils ne reçoivent une aide prompte et substantielle.
Le mouvement qui a totalisé le plus de fonds durant l'année dernière n'a pas eu à sa disposition plus de 400.000 frs . Il y a deux mois Les Petites Ailes cessèrent presque de fonctionner en raison du manque de fonds. A tous mouvements, d'actifs partisans de ces mouvements sont entravés par manque de moyens matériels. Les jours qui précédèrent mon départ, le chef de la section propagande de l'un de ces mouvements fut arrêté pour avoir eu recours au seul moyen élémentaire qui lui restait d'obtenir de l'argent pour le mouvement. Il ne faut pas oublier qu'on ne peut jamais faire usage du système postal, télégraphique et téléphonique et que tous transports et communications s'effectuent par des émissaires voyageant à bicyclette ou par le train.
Les mouvements devraient avoir la possibilité de camoufler leurs activités, autant que possible, sous une couverture commerciale ou industrielle, ce qui aurait l'avantage d'écarter la suspicion et de fournir les ressources matérielles nécessaires, camions, voitures, moteurs, personnel, etc. Pour tout ceci l'argent est nécessaire. Les sommes mensuelles demandées par les trois mouvements afin d'élargir leur rayon d'action équivalent à peine, au taux actuel du change de notre franc dévalué, à un cinquième du coût d'un bombardier et à peine plus que le prix d'un seul raid pour un lancer de tracts par un petit nombre d'avions.

En résumé, les mouvements demandent:
1° Un soutien moral.
2° Des communications, fréquentes, rapides et valables avec Londres.
Des contacts doivent être établis avec le Général de GAULLE qui permettront de se mettre d'accord sur un plan d'action concertée et de le mettre à exécution.
3° Des fonds -
Pour commencer, une somme de trois millions par mois, pour les trois mouvements. Cette somme devrait être doublée à la fin de l'année.
4° Des armes:
1° stade: équipement très léger, revolvers, mitraillettes.
2° stade: équipement léger, fusils, fusils automatiques, mitrailleuses.

En tant que simple messager, accrédité par les mouvements à transmettre un S.O.S. à Londres, puis-je me permettre de faire remarquer le magnifique esprit de sacrifice de leurs chefs et de leurs partisans ainsi que leur volonté inébranlable de libérer leur nation. Certains ont déjà payé de leur vie leur dévouement à la cause.
D'innombrables autres encombrent les prisons françaises et allemandes. Ceux qui continuent le combat ne doivent pas rester sans aide.
C'est l'intérêt immédiat de la Grande Bretagne et de ses Alliés. Ce doit être aussi une des raisons d'être des Forces Françaises Libres. C'est l'espoir d'un peuple entier réduit à l'esclavage.

N.B. Il doit être clairement spécifié et j'insiste sur ces points:
1°-que le seul fait de donner de l'argent et des armes aux mouvements n'est pas destiné à accroître le nombre présent et l'importance des actes de violence. Le but à viser est tout d'abord d'intensifier la propagande et d'organiser d'éventuelles actions collectives pour l'avenir.
2°- qu'il ne saurait être question d'aider un mouvement révolu-tionnaire contre le gouvernement de Vichy (au moins sans un accord avec Londres). La seule question en jeu est la lutte contre les Allemands, et les hommes de Vichy doivent être considérés comme des opposants seulement jusqu'au point et dans la mesure où ils aident l'ennemi.
3°- que les trois mouvements sont d'accord que c'est aux F.F.L. de faire l'effort demandé.
Jean Moulin, Octobre 1941.


N.D.L.A.
Malgrè les informations incomplètes ou parfois erronées qu'apporte ici Jean MOULIN en ce mois d'Octobre 1941 (les mouvements cités ne comprennent pas Franc-Tireur, et l'on pourrait supposer que ces mouvements ont dès 41 des ramifications en France occupée), ce rapport permet au Général de GAULLE d'avoir une vue d'ensemble, à cette date, sur la Résistance française, ce qu'il connaissait mal jusqu'alors. Jean MOULIN insiste sur l'importance de l'action de la Résistance intérieure, véritables régiments de parachutistes déjà en place.
Ce rapport est capital à plus d'un point de vue. Il devait être retranscrit pratiquemment intégralement.


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GENERAL DE GAULLE
DECLARATION DU 24 JUIN 1942

"Les derniers voiles sous lesquels l'ennemi et la trahison opéraient contre la France sont désormais déchirés. L'enjeu de cette guerre est clair pour tous les Français: c'est l'indépendance ou l'esclavage. Chacun a le devoir sacré de faire tout pour contribuer à libérer la patrie par l'écrasement de l'envahisseur. Il n'y a d'issue et d'avenir que par la victoire."
"Mais cette épreuve gigantesque a révélé à la nation que le danger qui menace son existence n'est pas venu seulement du dehors et qu'une victoire qui n'entraînerait pas un courageux et profond renouvellement intérieur ne serait pas la victoire."
"Un régime moral, social, politique, économique, a adbiqué dans la défaite après s'être lui-même paralysé dans la licence. Un autre, sorti d'une criminelle capitulation, s'exalte en pouvoir personnel. Le peule français les condamne tous les deux. Tandis qu'il s'unit pour la victoire, il s'assemble pour une révolution."
"Malgrè les chaînes et le bâillon qui tiennent la nation en servitude, mille témoignages, venus du plus profond d'elle-même, font apercevoir son désir et entendre son espérance. Nous les proclamons en son nom. Nous affirmons les buts de guerre du peuple français."
"Nous voulons que tout ce qui appartient à la nation française revienne en sa possession. Le terme de guerre est pour nous à la fois la restauration de la complète intégrité du territoire, de l'Empire, du patrimoine français, et celle de la souveraineté complète de la nation sur elle-même. Toute usurpation, qu'elle vienne du dedans ou qu'elle vienne du dehors, doit être détruite et balayée. De même que nous prétendons rendre la France seule et unique maîtresse chez elle, ainsi ferons-nous en sorte que le peuple français soit seul et unique maître chez lui. En même temps que les Français seront libérés de l'oppression ennemie, toutes les libertés intérieures devront leur être rendues et une fois l'ennemi chassé du territoire, tous les hommes et toutes les femmes de chez nous éliront l'Assemblée Nationale qui décidera souverainement des destinées du pays."
"Nous voulons que tout ce qui a porté et tout ce qui porte atteinte aux droits, aux intérêts, à l'honneur de la nation française soit châtié et aboli. Cela signifie d'abord que les chefs ennemis qui abusent des droits de la guerre au détriment des personnes et des propriétés françaises, aussi bien que les traîtres qui coopèrent avec eux, devront être punis. Cela signifie ensuite que le système totalitaire qui a soulevé, armé, poussé, nos ennemis contre nous, aussi bien que le système de coalition des intérêts particuliers qui a, chez nous, joué contre l'intérêt national, devront être simultanément et à tout jamais renversés."
"Nous voulons que les Français puissenr vivre dans la sécurité. A l'extérieur, il faudra que soient obtenues, contre l'envahisseur séculaire, les garanties matérielles qui le rendront incapable d'agression et d'oppression. A l'intérieur, il faudra que soient réalisées, contre la tyrannie du perpétuel abus, les garanties pratiques qui assureront à chacun la liberté et la dignité dans son travail et dans son existence. La sécurité nationale et la sécurité sociale sont, pour nous, des buts impératifs et conjugués"
. "Nous voulons que l'organisation mécanique des masses humaines, que l'ennemi a réalisée au mépris de toute religion, de toute morale, de toute charité, sous prétexte d'être assez fort pour pouvoir opprimer les autres, soit définitivement abolie. Et nous voulons en même temps que, dans un puissant renouveau des ressources de la nation et de l'Empire par une technique dirigée, l'idéal séculaire français de liberté, d'égalité, de fraternité soit désormais mis en pratique chez nous, de telle sorte que chacun soit libre de sa pensée, de ses croyances, de ses actions, que chacun ait, au départ, dans son activité sociale, des chances égales à celles de tous les autres, que chacun soit respecté par tous et aidé s'il en a besoin."
Nous voulons que cette guerre, qui affecte au même titre le destin de tous les peuples, et qui unit les démocrates dans un seul et même effort, ait pour conséquence une organisation du monde établissant, d'une manière durable, la solidarité et l'aide mutuelle des nations dans tous les domaines. Et nous entendons que la France occupe dans ce système international la place éminente qui lui est assignée par sa valeur et par son génie."
"La France et le monde luttent et souffrent pour la liberté, la justice, le droit des gens à disposer d'eux-mêmes. Il faut que le droit des gens à disposer d'eux-mêmes, la justice et la liberté gagnent cette guerre, en fait comme en droit, au profit de chaque homme, comma au profit de chaque Etat."
"Une telle victoire française et humaine est la seule qui puisse compenser les épreuves sans exemple que traverse notre patrie, la seule qui puisse lui ouvrir de nouveau la route de la grandeur. Une telle victoire vaut tous les efforts et tous les sacrifices. Nous vaincrons."
Charles de Gaulle.


Le 14 Juillet 1942, quelques jours après cette déclaration, la France Libre devient officiellement la France Combattante qui réunit tous les Françaisx de la Zone occupée ou celle encore non occupée, de tous ceux qui se trouvent en Angleterre ou en Afrique, qui refusent la capitulation et la collaboration et sont prêts à la lutte pour la Libération.

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TEXTE DU PREMIER TELEGRAMME CONCERNANT LE GENERAL DELESTRAINT
Envoyé par Sif (Fassin) au B.C.R.A.
et REPONSE DU B.C.R.A.
par l' intermédiaire de Sif

(Document transmis par le Colonel Paul Rivière)

3.8.42
de SIF
N°99
(PERCH)

Chef propagande de LIFRA Région Lyon que désigne par VERTHER, je dis VERTHER a contacté Général en retraite DELESTRAINT, je dis DELESTRAINT que Général de Gaulle connaît. Il a dit à VERTHER avoir rassemblé éléments officiers de chars en 220 et être prêt à se placer à la disposition de LIFRA et du Général de GAULLE. Avant de prendre décision VERTHER voudrait connaître les ordres du Général de GAULLE et son opinion sur DELESTRAINT
Fin

4.8.42
(Parti le 6)
A SIF
N° 64
(PERCH)

Reçu vos 99, 100 et 1, je dis 1. -votre99:-
1.- Général d'accord utilisation de LESTRAIN, qui aura pseudo DELE, je dis DELE.
2.- Entre autre, utilisez DELE recherche officiers active brevetés, si possible, désireux rejoindre F.F.C.
(à suivre)

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TEXTE DU PREMIER TELEGRAMME
de JEAN MOULIN en date du 28.08.42.

(à la suite de l’entrevue avec Vidal, place des Terreaux)

"Ai eu ce jour un long entretien avec le Général dont le nom est Vidal, tout acquis au Général de GAULLE; serait disposé à prendre organisation paramilitaire fusionnée sous réserve enquête personnelle sur état des Mouvements et accord formel de GAULLE. Dispose des Amicales/ Bataillons, Régiments et Divisions chars qu'a visitées récemment. Prévoit double organisation noyautage armée Armistice et organisations groupes para militaires des Mouvements Z.N.O.".

TEXTE DU SECOND TELEGRAMME DE JEAN MOULIN en date du 28.08.42.

"Il convient de ne pas perdre de vue que le Général de GAULLE est un homme symbole auquel la masse du peuple est bien plus profondément attachée qu'aux étiquettes des mouvements. Il serait souhaitable, si le Général de GAULLE est d'accord sur la personnalité du Général pseudo Vidal qu'il désigne lui-même, en fixant ses attributions, ce général comme chef des organisations militaires et paramilitaires des Forces Françaises Combattantes dans la zone non occupée".

selon D.Cordier.
(Jean Moulin, l'inconnu du Panthéon, page 88)


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LETTRE de JEAN MOULIN AU GENERAL DE GAULLE: 13.09.42.

..."Il(Vidal)parait d'autre part avoir des conceptions judicieuses "sur la crise militaire au sein de la Résistance.
D'un côté, il "envisage une triple action sur l'armée
"1- noyautage.
"2- propagande.
"3- reprise de matériel.
"D'un autre côté, ses vues sur la constitution et le rôle de "l'armée de la Résistance sont sensiblement les mêmes que celles "de l'E.M. de Londres. Il a compris notamment le caractère "insurrectionnel et révolutionnaire de l'action à entreprendre "bien qu'il se dit politiquemment conservateur".

Quant à l'égard des Mouvements de Résistance:
"Non seulement je lui ai demandé de ne pas se livrer à cette "enquête dès à présent, mais encore qu'il ne prenne contact avec "aucun des Mouvements; cela pour des raisons de tactique à l'égard "des dits Mouvements. Il ne faut à aucun prix en effet, pour la "sauvegarde de son autorité ultérieure qu'il puisse être considéré "comme une créature de l'un ou de l'autre Mouvement. Le général "ayant été contacté pour la première fois par LIFRA ("COMBAT"), "j'ai commencé à tâter le terrain du côté de LIBERATION. Bernard "(d'ASTIER) ne s'est pas montré hostile, a priori, mais semble "craindre qu'il soit l'homme de LIFRA("COMBAT"). Il s'en "rapportera en définitive à la décision du général de GAULLE. Il "ne parait pas au demeurant avoir de candidat sérieux à proposer".

selon D.Cordier
(Jean Moulin, l'Inconnu du Panthéon: p.88-89).
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DEUX CABLES-RADIO ADRESSES A LONDRES
le 22 Août 1942 par Sif
de la part du Général Delestraint

(Remis aimablement par le Colonel Paul Rivière).

1° de SIF

22.8.42
(arrivé le 29)

Deuxième N°29
(Crab)

DELE, je dis DELE demande confirmation sa mission par message B.B.C.:"Charles à Charles d’accord" Nef, je dis NEF a en outre confié DELE mission prospection sur ensemble officiers chars en activité afin connaître sympathisants.- NEF a décidé entreprendre prospection générale cadres dans armée, marine, aviation par intermédiaire officiers en congé en vue connaître sympathisants qui, en cas de débarquement, accepter bien d’obéïr vos ordres.- Action commence sur cavalerie, chars, prochainement aviation, infanterie.-
(à suivre)


2° de SIF

22.8.42
(arrivé le 28)
N° 29
(Crab)

Rechiffré le 28.- DELE, je dis DELE demande à quoi seront utilisés éléments qu’il recrutera pour les envoyer en Angleterre, et désire confirmations à mlission par message B.B.C: -"Charles à Charles, je dis Charles à Charges.-D’accord.-" NEF confie (?) DELE mission prospection sur ensemble officiers chars d’active afin connaître sympathisants IOPNGF (?) (Top.-NEF (?) entreprend prospection générale cadres Armée, Marine, Aviation, par intermédiaire officiers en congé.
(à suivre)

SIF = Capitaine Fassin.
Crab = Opérateur radio.
Dele = Delestraint
Nef = Henri Frenay



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LES DIRECTIVES PROPOSEES A JEAN MOULIN PAR LE B.C.R.A.
"La Résistance en Z.N.O. sera amenée à jouer un rôle important lors du débarquement allié en France.

-Il importe que le Comité de Coordination des mouvements de Résistance devienne une réalité et qu'il étende son action en vue de donner aux masses qui y sont représentées l'organisation et les missions destinées à faciliter la libération du territoire.

-Ce Comité, présidé par le chef de la Coordination (Rex) devrait comprendre, outre les chefs de l'Action militaire et de l'Action politique (désignés par les mouvements) un ou deux représentants de chaque groupement, en principe un paramilitaire et un politique.
-Chaque groupement devrait comporter:
1°- des éléments d'action paramilitaire destinées à :
- neutraliser la circulation ferrovière;
- surveiller les aérodromes et y détruire les réserves de carburants;
- aider par les armes les éléments civils chargés de s'emparer des rouages administratifs.
2°- des éléments d'action civile destinés à:
- prendre en main l'administration du pays;
- neutraliser les personnes signalées antérieurement comme collaborationistes.

-Le Chef de l'Action paramilitaire organisera un Etat-Major à trois bureaux chargés:

1°- d'établir les listes numériques des effectifs paramilitaires par régions, départements et arrondissements.
2°- de préparer un plan d'opérations en fonction:
- d'une part, des directives de Londres,
- d'autre part des renseignements reçus par le S.R.;
3°- de prévoir les moyens matériels nécessaires pour l'exécution du plan d'ensemble;
4°- de recevoir, stocker, entretenir le matérielet de le répartir jusqu'à l'échelon arrondissement. Pour ce faire, il disposera des officiers de liaisons brevetés pour les parachutages et les atterrissages qui ont été envoyés par le B.C.R.A.M.

-L'ensemble de la Z.N.O. sera divisé en six régions (les régions administratives établies par Vichy), subdivisées elles-mêmes en départemants et en arrondissements.
-L'E.M. d'action paramilitaire disposera de deux moyens de transmission radio avec Londres:
1°- Un groupe de postes destinées au chef de l'action paramilitaire pour régler avec les F.F.C. les questions générales d'organisation de l'action;
2°- un autre groupe de postes pour traiter de toutes les questions d'acheminement du matériel, des parachutages et des atterreissages.

-Le Chef unique de l'action civile organisera sa direction en deux services chargés:

1°- d'établir la liste des notabilités et des fonction- naires ralliés au Comité National qui prendront en main, au signal donné, l'organisation adminis-trative du pays;
2°- de préparer les listes des collaborateurs à neutra- liser au moment de l'action (un double de ces listes sera envoyé à Londres);
3°- d'organiser la prise du pouvoir civil".


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LETTRE DU GENERAL DE GAULLE A JEAN MOULIN
Le 22 Octobre 1942.

Mon cher ami,
La présence simultanée à Londres de Bernard et Charvet a permis d'établir l'entente entre leurs deux mouvements de Résistance, et de fixer les conditions de leur activité sous l'autorité du Comité National.
J'ai vivement regretté votre absence durant cette mise au point. Je pense, cependant, que les dispositions qui ont été arrêtées faciliteront l'exécution de la mission qui vous est confiée.
Vous aurez à assurer la présidence du Comité de Coordination au sein duquel seront représentés les trois principaux mouvements de résistance: "Combat", "Franc-Tireur", et "Libération". Vous continuerez d'autre part, comme représentant du Comité National en Zone Non Occupée, à prendre tous les contacts politiques que vous jugerez opportuns. Vous pourrez y employer certains de nos agents qui vous seront directement subordonnés.
Toutes organisations de résistance, quel que soit leur caractère, autres que les trois mouvements groupés par le Comité de Coordination, devront être invités à affilier leurs adhérents à l'un de ces mouvements età verser leurs groupes d'action dans les unités de l'Armée Secrète en cours de constitution. Il convient en effet d'éviter la prolifération de multiples petites organisations qui risqueraient de se gêner mutuellement, de susciter des rivalités et de créer la confusion.

Je tiens à vous redire que vous avez mon entière confiance et je vous adresse toutes mes amitiés.
C. de Gaulle.

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